Je souhaite revenir sur un sujet que j’ai déjà porté au sein de la commission Mobilité : les coordinations transfrontalières en matière de transport public, et plus particulièrement le projet de liaison entre Couvin et Rocroi.

Ce projet ne sort pas de nulle part. Il est né d’un besoin concret de terrain, notamment porté par l’ASBL L’Albatros, un institut pour personnes en situation de handicap implanté de part et d’autre de la frontière franco-belge. Pour ces travailleurs, ces résidents et leurs familles, la frontière administrative ne correspond en rien à la réalité quotidienne.

Avec MobilESEM, un courrier avait été adressé au ministre afin de le sensibiliser à la nécessité de créer une ligne TEC transfrontalière. Lors d’un précédent échange, le ministre s’était montré ouvert à un cofinancement et avait même évoqué l’intégration d’un budget dans le futur contrat de service 2026-2030 du TEC. Le signal semblait donc encourageant.

Des réunions… mais sans l’opérateur concerné

Depuis lors, il m’est revenu que plusieurs réunions de travail avaient été organisées, notamment :

  • sous l’égide d’Idelux, le 3 mars 2025 ;

  • dans le cadre du Comité stratégique de l’Ardenne transfrontalière.

J’ai donc légitimement interrogé le ministre :

où en est ce dossier ?

que ressort-il concrètement de ces réunions ?

quelles avancées en matière de collaboration et de financement ?

La réponse reçue appelle néanmoins plusieurs constats préoccupants.

Premièrement, le TEC Namur n’était pas présent à la réunion du 3 mars. Autrement dit, l’opérateur public directement concerné par une éventuelle ligne Couvin–Rocroi n’a pas pu aborder le projet, faute d’y avoir participé. C’est évidemment problématique quand on prétend structurer une offre de transport.

Un besoin reconnu… mais jugé « non structurant »

Deuxième élément : le SPW Mobilité indique que la liaison Couvin–Rocroi n’est pas considérée comme structurante, même si elle répond bel et bien à un besoin local identifié dans le schéma de mobilité de la zone.

Voilà toute l’ambiguïté du raisonnement :

un besoin réel, reconnu, mais qui reste cantonné au rang de priorité secondaire. Or, pour les habitants concernés, pour les travailleurs transfrontaliers, pour les personnes en situation de handicap, ce besoin est tout sauf secondaire.

Si le projet devait se concrétiser, il pourrait être promu dans le cadre du programme Interreg Cross4Mobility, destiné à encourager les solutions de mobilité transfrontalière. Là aussi, l’intention est intéressante, mais elle reste conditionnelle, hypothétique, et surtout sans engagement clair à ce stade.

Une vision générale… mais peu d’ancrage local

Le ministre rappelle, à juste titre, son soutien au développement des transports publics transfrontaliers, en citant plusieurs exemples existants ou en cours de renouvellement :

Mons–Maubeuge, Mouscron–Wattrelos–Roubaix, ou encore les coopérations avec les Pays-Bas, l’Allemagne et le Luxembourg.

Ces lignes reposent sur des protocoles d’accord bilatéraux, garantissant à la fois l’offre de service et la répartition des compensations financières entre autorités compétentes.

Mais une question demeure : qu’en est-il des territoires ruraux et frontaliers comme le sud de la province de Namur ?

Doivent-ils rester en marge sous prétexte que leurs projets ne seraient pas suffisamment « structurants » à l’échelle régionale ?

Encourager les dynamiques, vraiment

Oui, toute évolution de l’offre TEC doit s’inscrire dans le futur contrat de service public. Mais si ce contrat ne tient pas compte des réalités locales transfrontalières, alors on continuera à creuser les inégalités territoriales en matière de mobilité.

Encourager les dynamiques de transports publics transfrontaliers, ce n’est pas seulement reconduire des lignes existantes entre grands pôles urbains. C’est aussi oser soutenir des projets de proximité, construits avec les acteurs locaux, les associations, les communes et les bassins de vie transfrontaliers.

Le dossier Couvin–Rocroi mérite mieux qu’un classement dans la catégorie des « besoins locaux parmi d’autres ». Il mérite une volonté politique claire, une implication réelle de l’OTW et du TEC, et un calendrier lisible.

Parce que, pour celles et ceux qui vivent et travaillent de part et d’autre de la frontière, la mobilité n’est pas un luxe : c’est une condition d’inclusion et de dignité.