10/11/2025 – Récemment, deux éléments ont retenu toute mon attention.
D’abord, une capsule vidéo de la FUGEA dans laquelle un éleveur de Rumes, Freddy Vanderhaegen, explique comment, en produisant autrement, il a réussi à augmenter la rentabilité de son exploitation.
Ensuite, un article de la RTBF révélant une réalité préoccupante : 20 % des agriculteurs wallons disposent aujourd’hui d’un revenu nul ou négatif, tandis qu’une minorité parvient encore à dégager un revenu confortable. Cette fracture grandissante interroge profondément notre modèle agricole.
Un modèle à bout de souffle ?
L’expert Christian Mulders souligne que la PAC n’incite plus à produire plus, mais à produire mieux. Pourtant, malgré près de 300 millions d’euros d’aides publiques par an en Wallonie, l’effet levier vers un véritable basculement agroécologique reste insuffisant.
Son analyse mérite que l’on s’y attarde :
👉 mieux cibler les aides ;
👉 récompenser davantage les pratiques vertueuses (réduction des pesticides, captation du CO₂, restauration des sols, maintien des haies…) ;
👉 ne plus baser principalement le soutien sur la seule superficie exploitée.
J’ai donc interrogé la ministre : la Wallonie envisage-t-elle d’aider plus activement nos agriculteurs à produire différemment pour augmenter leur revenu ? Comment réorienter les aides vers celles et ceux qui s’engagent réellement dans la transition agroécologique ? Et surtout, comment garantir une juste rémunération du travail agricole ?
Ce qui existe déjà… et ses limites
La ministre a rappelé les dispositifs actuellement en place :
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les ECO-régimes, qui récompensent certaines pratiques environnementales ;
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les mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) ;
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les aides aux investissements ;
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les aides couplées pour les secteurs fragiles, notamment l’élevage ;
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les aides découplées destinées au soutien du revenu.
Tout cela existe, et il faut le reconnaître. Mais ma question portait précisément sur le fait que ces mécanismes ne suffisent manifestement pas à enrayer la précarisation d’une partie importante du monde agricole.
Quand un agriculteur sur cinq ne dégage aucun revenu, nous ne sommes plus dans un ajustement technique : nous sommes face à un problème structurel.
La future PAC : une opportunité à ne pas manquer
La prochaine PAC 2028-2034 est en discussion au niveau européen. Plusieurs évolutions importantes sont annoncées :
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fusion des ECO-régimes et des MAEC dans un dispositif plus souple et plus incitatif ;
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réforme des aides au revenu avec une aide dégressive ;
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plafonnement obligatoire ;
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suppression progressive de l’accès pour les retraités ;
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accent renforcé sur l’installation des jeunes.
Ces orientations peuvent aller dans le bon sens, notamment en matière de justice sociale et de renouvellement générationnel. Mais elles dépendront fortement du budget européen final, que la Wallonie dit vouloir défendre.
Nous serons attentifs.
Vivre de son travail, simplement
Au fond, la question est simple :
peut-on encore accepter qu’en 2025, des agriculteurs travaillent 60 à 70 heures par semaine sans parvenir à dégager un revenu décent ?
La transition agroécologique ne pourra réussir que si elle permet aux agriculteurs et aux agricultrices de mieux vivre de leur métier, pas seulement de cocher des cases administratives supplémentaires.
Produire mieux, oui.
Produire plus durablement, évidemment.
Mais surtout : gagner correctement sa vie en produisant autrement.
C’est cette équation que nous devons résoudre collectivement. Et je continuerai à être particulièrement attentif à ce que les réformes européennes et les choix wallons aillent réellement dans ce sens.