10/11/2025 – En 2009, des dizaines de milliers de litres de lait étaient épandus dans les champs, notamment dans la région de Ciney. Ce geste fort symbolisait la détresse de producteurs au bord du gouffre.

Seize ans plus tard, alors que la situation s’était quelque peu stabilisée ces dernières années, les signaux de fin 2025 sont à nouveau inquiétants.

J’ai donc interrogé la ministre sur l’état réel du secteur laitier wallon et sur les réponses que le Gouvernement entend apporter.

Un secteur en mutation… et sous pression

Le contexte a profondément évolué.

Dans les prochaines semaines, il ne restera plus qu’une grande laiterie belge : la Laiterie des Ardennes. Les autres acteurs importants présents sur notre territoire seront passés sous pavillon étranger. La Commission européenne a d’ailleurs validé en octobre la fusion entre FrieslandCampina et Milcobel, ce qui redessine encore davantage le paysage laitier.

Depuis la fin de l’été, on observe une hausse de la production et une baisse des prix.

Au niveau européen, le prix moyen du lait cru tournait autour de 53,2 € les 100 kg en août. En Belgique, le prix réel sectoriel avoisinait 51 € les 100 litres en septembre, avec une tendance baissière confirmée en octobre.

En parallèle, la production belge est repartie à la hausse (+3,7 % en août, +6,5 % en septembre par rapport à 2024). La Wallonie présente un tableau plus nuancé, notamment en raison de la FCO et de la diminution du cheptel, mais le marché reste extrêmement sensible aux fluctuations internationales.

Une dépendance structurelle aux marchés mondiaux

Le problème de fond est connu :

la Belgique produit davantage de lait que ce que sa consommation intérieure peut absorber. Notre secteur est donc structurellement dépendant des exportations.

Or, plusieurs facteurs pèsent actuellement :

  • une concurrence internationale forte (États-Unis, Océanie) ;
  • une demande asiatique plus limitée ;
  • une orientation importante vers des produits standards (beurre, poudre de lait, lait de consommation) plutôt que vers des produits à plus forte valeur ajoutée.

En clair, nous restons très exposés aux variations des prix mondiaux, et ce sont toujours les producteurs qui en paient le prix.

Des outils européens… mais pas de vision stratégique claire

La ministre rappelle que des filets de sécurité européens existent (stockage public et privé, mesures exceptionnelles), activables si la chute des prix s’aggrave.

Elle souligne également les investissements en cours, notamment chez Solarec et à Walhorn, ainsi que la nécessité d’augmenter la part transformée localement pour créer davantage de valeur ajoutée.

Je partage ces constats. Mais une question centrale demeure :

avons-nous tiré les leçons de 2009 ?

En 2009 déjà, on pointait le manque de vision à long terme et l’absence d’une filière de transformation suffisamment diversifiée. En 2025, nous faisons à nouveau face aux mêmes fragilités structurelles.

Laisser faire le marché ?

J’ai posé une question simple :

allons-nous assister à une véritable reprise en main stratégique de la filière laitière wallonne ?

Ou allons-nous, une fois de plus, laisser le marché faire son œuvre, quitte à voir disparaître progressivement ce qu’il reste de notre industrie laitière ?

La conclusion de la ministre tient en deux mots : vigilance active.

Je prends acte. Mais je reste, pour ma part, sur ma faim.

La vigilance est nécessaire. Elle n’est pas suffisante.

Anticiper plutôt que subir

Nous sommes d’accord sur le diagnostic :

la situation est fragile, les producteurs sont exposés, les plus petites structures sont particulièrement vulnérables.

La vraie question est désormais politique :

souhaitons-nous une filière laitière wallonne forte, ancrée localement, créatrice de valeur et moins dépendante des marchés mondiaux ?

Ou accepterons-nous une concentration accrue, une dépendance renforcée et, à terme, une nouvelle crise sociale dans nos campagnes ?

Je continuerai à suivre ce dossier de près et à demander des clarifications. Parce que derrière les chiffres, il y a des familles, des exploitations, des territoires. Et l’histoire de 2009 ne doit pas se répéter.