22/09/2025 – J’ai interrogé la Ministre de l’Agriculture et de la Ruralité sur la croissance rapide du secteur de la volaille en Wallonie. En un an à peine, ce sont près de septante dossiers de construction ou d’extension de poulaillers qui ont été déposés. Une évolution qui interpelle et qui mérite un débat de fond.
Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. Le plan azote en Flandre entraînera une baisse de la production de poulets standards, tandis que la demande belge et mondiale augmente fortement. Dans un contexte de crise du pouvoir d’achat, la viande de volaille reste l’une des rares viandes encore accessibles : un poulet standard, élevé en intérieur pendant une quarantaine de jours, se vend autour de 10 euros le kilo.
Une diversification qui cache des dépendances
La Ministre a confirmé que les producteurs répondent avant tout à l’évolution de la demande des consommateurs. Elle a également évoqué la succession d’épidémies animales et la volatilité des prix, qui incitent certains agriculteurs à se diversifier vers la volaille.
Mais cette croissance pose question. L’élevage hors sol a un impact environnemental réel et participe à une industrialisation accrue de l’agriculture. Il rend aussi les agriculteurs fortement dépendants de grandes firmes qui contrôlent l’ensemble de la filière : construction des bâtiments, fourniture des animaux et de l’alimentation, abattage, transformation et parfois même commercialisation.
Un cadre réglementaire, mais un débat de fond à mener
La Ministre rappelle que chaque projet est soumis à des procédures strictes : étude des impacts, consultation publique, permis d’environnement, autorisation de l’AFSCA. Ces étapes apportent, selon elle, les garanties nécessaires tout en laissant à l’agriculteur la liberté d’entreprendre.
Pour ma part, cette situation ne peut que susciter l’inquiétude. Comme beaucoup, j’ai été marqué par le film Au nom de la terre. Le développement incontrôlé de certaines filières industrielles est souvent le symptôme d’une agriculture en souffrance, où la pression économique pousse toujours plus loin la logique de volume.
Ne pas accepter une alimentation à deux vitesses
Le boom de la volaille industrielle est aussi le reflet d’une réalité sociale : les consommateurs souffrent. La hausse spectaculaire du prix de la viande bovine oblige de nombreuses familles à se tourner vers des viandes à bas prix.
Nous devons être extrêmement vigilants à ne pas glisser vers une alimentation pour les riches et une alimentation pour les pauvres.
👉 Le défi est double : garantir une alimentation accessible et de qualité pour tous, tout en offrant aux agriculteurs des perspectives durables, respectueuses de l’environnement et créatrices de valeur ajoutée. C’est ce débat de fond que nous devons collectivement ouvrir pour l’avenir de l’agriculture wallonne.