20/10/2025 – J’ai souhaité prolonger en Commission les échanges que nous avions eus, brièvement, lors de ma question d’actualité du 8 octobre. Car derrière les mots et les constats, il y a des réalités humaines et agricoles extrêmement dures.

L’exemple de la Blanche Ferme à Lessines en est une illustration tragique. Cette exploitation a été contrainte de cesser ses activités non pas par manque de volonté ou de repreneur, mais parce que son principal propriétaire foncier a décidé de confier la gestion de ses terres à une société de gestion agricole. Résultat : une ferme familiale qui disparaît et un jeune agriculteur motivé qui ne peut pas reprendre.

Des dérives que nous connaissons trop bien

Nous parlons régulièrement de ces sociétés de gestion et de leurs dérives :

  • dévoiement des aides de la PAC vers des acteurs qui ne sont pas des agriculteurs ;

  • pratiques agricoles éloignées des principes de durabilité ;

  • contournement du bail à ferme ;

  • spéculation foncière.

Soyons clairs : il ne s’agit pas d’un cas isolé. Cela se produit partout en Wallonie, dans ma région couvinoise comme ailleurs. Et à mes yeux, c’est ce qu’il y a de pire pour l’agriculture wallonne : l’accaparement des terres agricoles par des non-agriculteurs.

Une pression foncière devenue insupportable

Lors de nos précédents échanges, la ministre s’était engagée à présenter une note d’orientation faisant l’état des lieux des facteurs qui accentuent la pression foncière et proposant des pistes d’action. Nous arrivons en fin de mois, le conclave budgétaire est terminé : il était donc légitime de demander où nous en sommes, quelles orientations sont retenues et surtout quels moyens budgétaires seront consacrés à une véritable politique foncière agricole publique.

La réponse confirme que le problème est reconnu : complexité juridique, enjeux économiques, sociaux et générationnels. La ministre dit comprendre le désarroi des exploitants concernés et affirme avoir analysé différentes pistes pour améliorer l’accès au foncier et favoriser le renouvellement des générations.

Le cœur du problème : les non-agriculteurs et les aides agricoles

Le dévoiement des aides de la PAC est directement lié à la définition de l’agriculteur actif. Tant que cette définition permettra à des sociétés de gestion ou à des acteurs étrangers au monde agricole de capter les primes, nous resterons dans une situation profondément injuste.

J’ai volontairement parlé de dévoiement et non de détournement. Mais soyons honnêtes : nous sommes face à une forme de détournement légal. Les règles le permettent, donc certains en profitent, au détriment des agriculteurs et agricultrices qui vivent réellement de leur travail.

La Wallonie a la main… et la responsabilité

Il faut le rappeler avec force : la politique foncière agricole est une compétence pleine et entière des États membres. C’est l’une des rares matières agricoles qui dépend exclusivement de décisions nationales et régionales. Il n’y a donc pas d’excuse.

Depuis un an, j’entends de la sensibilité, de la compréhension, de l’écoute. C’est nécessaire, mais le monde agricole attend désormais de l’attention concrète, des actes et des décisions.

La ministre annonce que sa note d’orientation sera prochainement examinée par le Gouvernement et que des groupes de travail suivront. J’en prends acte. Mais le temps presse. Chaque mois qui passe voit disparaître des fermes, décourage des jeunes et renforce la mainmise d’acteurs extérieurs sur nos terres.

Des paroles aux actes

L’accaparement des terres agricoles n’est pas un débat idéologique. C’est une question de souveraineté alimentaire, de justice sociale, de renouvellement des générations et d’avenir pour notre agriculture wallonne.

Nous serons attentifs. Et surtout, nous serons exigeants. Le monde agricole compte sur des décisions fortes dans les prochaines semaines et les prochains mois. Il est temps de passer des constats aux actes.